Des places de jeux accessibles, comment s'y prendre ?

En quoi une place de jeux accessible aux personnes à mobilité réduite et en situation de handicap profite-t-elle à toute la population? Est-il possible, pour une commune, de réaliser des adaptations à moindre coût? Réponses de Sébastien Kessler, associé-fondateur du bureau de conseil id-Geo, experts en accessibilité universelle.

Place de jeux La Cigale ©Ville de Lausanne
Place de jeux La Cigale ©Ville de Lausanne Place de jeux La Cigale ©Ville de Lausanne
Publié le 12 décembre 2022

Pour la construction de places de jeux, les normes techniques – de sécurité, architecturales, etc. – préconisées par le Bureau de prévention des accidents (BPA), s’avèrent primordiales. En parallèle, un autre principe, cher au domaine de la promotion de la santé, reflète l’expérience concrète des personnes à mobilité réduite et en situation de handicap et guide de plus en plus les démarches des communes: l’accessibilité universelle. Cette notion permet d’englober une grande partie de la population, puisqu’une place de jeux accessible aux personnes à mobilité réduite et en situation de handicap l’est aussi aux poussettes, aux personnes âgées, etc., sans nécessairement engendrer de coûts supplémentaires. Autre plus-value de l’accessibilité universelle : elle peut être élargie au-delà du bâti et de la construction, pour prendre en compte d’autres situations, telles que la réduction de la fatigue et des risques de chute, les canaux d’information tactiles, visuels, sonores, en langue des signes, etc., et répondre aux besoins du plus grand nombre.

Comment cette notion est-elle concrètement utilisée dans la réfection ou la construction de places de jeux ? Explications de Sébastien Kessler, associé-fondateur du bureau d’étude id-Geo, spécialisé dans l’accessibilité universelle.

Sébastien Kessler est associé-fondateur du bureau d’étude id-Geo, spécialisé dans l’accessibilité universelle ⒸBernard Lechot Sébastien Kessler est associé-fondateur du bureau d’étude id-Geo, spécialisé dans l’accessibilité universelle ⒸBernard Lechot

Pour une commune qui souhaite rendre une place de jeux accessible au plus grand nombre, en incluant les personnes à mobilité réduite et en situation de handicap, par quoi commencer ?

La plupart du temps, l’accès et le revêtement sont les aspects sur lesquels il faut le plus travailler. L’accès, donc la manière de se rendre à la place de jeux, est fondamental. Souvent, il n’est pas inclus dans la réflexion, ou mal pensé. Or il ne sert à rien de développer des jeux si, aux alentours de la place de jeux, il y a un chemin en pente, des pavés, s’il n’y a aucun arrêt de bus à proximité, si le bus n’est pas accessible, etc. Tous ces éléments entravent l’accès et font que la population sera moins susceptible de s’y rendre. Quant au revêtement, prenons par exemple les copeaux, très utilisés : il en existe différentes sortes aujourd’hui. Certains sont plus adaptés que d’autres en termes de « roulabilité » ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Il faut intégrer tous ces éléments dans la réflexion.

A quel moment du projet faudrait-il intégrer les personnes concernées ?

Il est important de les mettre au centre et de les consulter dès la conception du projet, d’être guidé par leur vécu, leur expertise et non de leur présenter un projet fini. Ensuite, il faut préciser que l’accessibilité universelle n’est pas un principe rigide. Elle permet d’innover au cas par cas. Elle s’applique très bien à des environnements changeants, on peut l’adapter en fonction de la topographie des lieux, des moyens financiers de la commune, des priorités de celle-ci un moment donné. On peut très bien procéder par étapes, on n’est pas obligé de tout réaliser tout de suite.

Pouvez-vous donner un exemple ?

On peut essayer de suivre le chemin que les personnes empruntent pour se rendre à la place de jeux à partir d’un point donné, par étapes. Imaginons que sur le trajet, on repère une zone avec du gravier, qui empêche de bien rouler. On peut se demander pourquoi ce gravier est là, en a-t-on vraiment besoin, peut-on le retirer, etc. ? Ensuite, en arrivant à la place de jeux, on remarque une poubelle. On peut regarder si elle entrave l’accès. Si c’est le cas, peut-on la déplacer, est-ce que cela change quelque chose pour quelqu’un ? Nous essayons toujours de faire en sorte que notre approche fonctionne pour un maximum de personnes. Si on peut accéder au lieu, se déplacer en sécurité de manière autonome sur 80% de la surface et utiliser 80% du mobilier, c’est déjà très bien.

A propos du mobilier, quand on pense à une place jeux «accessible», on imagine souvent des équipements lourds et coûteux, par exemple une balançoire massive sur laquelle on installe un fauteuil roulant électrique. Qu’en pensez-vous ?

A id-Geo, nous ne conseillons pas ce type de mobilier. C’est une enclave dans laquelle on monte et on se balance seul.e. Les autres doivent se tenir à l’écart pour ne pas être blessés. Bien sûr, dans un parc d’attractions, on peut installer une telle balançoire, mais dans un quartier, c’est la dernière chose à faire de notre point de vue. Ce n’est pas rassembleur, ni universel et surtout pas inclusif : c’est même stigmatisant, et coûteux. Nous préconisons exactement l’inverse.

C’est-à-dire ?

Les places de jeux les plus accessibles sont celles où l’accessibilité ne se voit pas. On ne se rend pas compte qu’elles sont pensées «pour » une catégorie de la population, les adaptations passent inaperçues, elles incluent tout le monde. Par exemple, si on construit des escaliers avec, à côté, une plateforme permettant de monter les personnes en fauteuil roulant, c’est très visible, la plateforme constitue un surcoût et tombe parfois en panne. Mais si on construit d’emblée une rampe, avec une pente douce, tout le monde peut y accéder. On a obtenu ce résultat d’accessibilité universelle, mais on ne voit pas que quelque chose de particulier a été réalisé.

Qu’en est-il des balançoires «nid d’abeille», en forme de soucoupe ?

C’est un exemple qu’on voit souvent : pour un minimum d’espace, ce type de balançoire couvre un maximum de besoins. Un enfant peut-être avec un polyhandicap, qui ne peut pas se tenir assis mais sera plutôt couché, pourra l’utiliser autant qu’un enfant capable de tenir seul assis, qui peut même s’y mettre debout. Mais un adulte aura plus de peine, il sera plus à l’aise dans une « traditionnelle » balançoire. L’idéal serait d’avoir un mélange.

Dans l’accessibilité universelle, on essaie de sortir du bâti, d’intégrer par exemple les aspects sensoriels. Pouvez-vous donner des exemples ?

Prenons les jeux auditifs de type «xylophone», qui peuvent être très adaptés pour certaines personnes, mais dérangeants pour d’autres. On peut trouver un endroit ou une manière d’installer, de tourner le jeu pour répondre à ces différents besoins. Sinon, personnellement, je trouve les jeux d’eau très sympa, faciles, tout le monde aime se rafraîchir, boire, même être aspergé. Le plaisir et le jeu permettent la mixité et l’effacement de différences somme toute peu importantes, comme un handicap.


Unisanté,
Département Promotion de la Santé et Préventions (DPSP)

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