Arianna Radaelli, collaboratrice scientifique à l'office du médecin cantonal.

« Le réchauffement climatique agit comme un amplificateur des inégalités de santé »

Interview d'Arianna Radaelli, collaboratrice scientifique à l'office du médecin cantonal.

Arianna Radaelli, collaboratrice scientifique à l'office du médecin cantonal.

Le changement climatique est devenu un enjeu de santé publique majeur. Quels sont les principaux risques ?

Le réchauffement climatique, c'est d'abord une réalité mesurable : en Suisse, les températures ont augmenté de près de 3°C depuis le XIXe siècle. Le principal danger ce sont les fortes chaleurs qui peuvent provoquer maux de tête, déshydratation, aggravation de maladies cardiovasculaires, respiratoires ou rénales, voire décès. S'y ajoutent la dégradation de la qualité de l'air, la progression des pollens, ou la présence croissante de moustiques tigres pouvant transmettre des maladies comme la dengue. Les risques ne s’expriment pas chez tout le monde de la même façon : personnes âgées, malades ou vivant dans des logements précaires sont nettement plus exposées. Le climat agit comme un amplificateur des inégalités de santé.

Ces nouvelles maladies vectorielles — dengue, chikungunya — vont-elles devenir courantes en Suisse ?

Il ne faut ni banaliser, ni dramatiser, mais surveiller Ces maladies ne sont pas endémiques en Suisse : le risque principal reste lié aux voyages à l'étranger. Mais la présence du moustique tigre dans certaines régions impose une vigilance réelle — ce moustique peut transmettre ces virus s'il pique successivement une personne infectée et une autre. Le changement climatique et les déplacements internationaux pourraient augmenter ce risque à l'avenir. Freiner la progression passe par la surveillance, la détection rapide des cas, la suppression des eaux stagnantes et la sensibilisation du public. Pour les tiques, gestes de prévention et vaccination contre l'encéphalite à tiques restent essentiels.

Concrètement, comment la Direction générale de la santé s'adapte-t-elle ?

Depuis 2009, le canton dispose d'un dispositif de surveillance et de veille sanitaire des fortes chaleurs. Notre approche a toutefois évolué avec une extension de la veille depuis 2024, qui s’étend maintenant du 15 mai au 15 septembre et une sensibilisation aux effets négatifs de la chaleur, même sans atteindre les seuils caniculaires, notamment au printemps, quand les corps ne sont pas encore acclimatés. Nous suivons l'évolution météorologique, relayons des messages adaptés à différents publics — personnes âgées, femmes enceintes, travailleurs en extérieur, etc. — et activons si nécessaire les plans canicule des institutions socio-sanitaires et des communes. L'enjeu : que les gestes de protection deviennent des réflexes, sans attendre les alertes officielles.

Le vieillissement de la population complique-t-il la donne ?

Indéniablement. Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables : leur sensation de soif diminue, leur régulation thermique est moins efficace, et elles vivent souvent seules. Certains médicaments altèrent également cette régulation. La chaleur tue rarement directement : elle aggrave surtout des maladies chroniques préexistantes, ce qui génère une pression croissante sur le système — urgences, hospitalisations, suivi à domicile, soutien des institutions médico-sociales. L'enjeu est donc avant tout de prévenir : identifier les personnes à risque, renforcer les relais de proximité, agir sur les conditions de vie. Vieillissement démographique et changement climatique sont deux défis qui vont de pair.

La conception des villes doit-elle aussi changer ? Quel est le rôle du Canton ?

La santé ne se joue pas seulement dans la pratique médicale : elle se joue aussi dans nos rues, nos bâtiments, nos quartiers. Végétaliser les espaces publics, désimperméabiliser les sols, améliorer l'isolation thermique des logements — ce sont des mesures environnementales, mais aussi de santé publique. C’est dans cette perspective que la DGS contribue à une approche plus transversale des politiques publiques, afin que les questions de santé soient mieux prises en compte. En croisant les dimensions sanitaires, climatiques et sociales, il devient possible de mieux cibler les priorités, de protéger les personnes les plus exposées et de faire de l’adaptation au changement climatique un levier de santé publique, de qualité de vie et de cohésion sociale

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