
En gestion de crise, garder la tête froide est essentiel
Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, en plein drame de Crans-Montana, la Direction urgences et préparation aux crises du canton de Vaud (DUPC) était aussi mobilisée. Sa directrice, Julie Legault, explique le travail effectué par son équipe.
Quel est le rôle de la DUPC au quotidien ?
Nous assurons notamment la conduite opérationnelle de deux grands dispositifs. D’abord le dispositif cantonal des urgences communautaires (DisCUC) : la centrale téléphonique des médecins de garde active les ressources disponibles — garde médicale, équipes mobiles, pharmacie ou dentiste de garde. Ensuite, celui des urgences préhospitalières (DisCUP) : le 144 engage les ambulances, le SMUR, les secours héliportés, ou encore les first responders, des citoyens formés aux gestes de premiers secours.
Troisième domaine : préparation et gestion de crise. On accompagne hôpitaux, structures préhospitalières et soins à domicile notamment, pour renforcer leur résilience. Plus on est prêt à maintenir le système et à accueillir les blessés supplémentaires, moins l’impact sera sévère. Enfin, en cas d’événement, nous assurons une coordination en mettant sur pied une cellule de crise.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples de crises, où vous avez joué ce rôle de coordination ?
Mon équipe a été mobilisée par exemple lors de la cyberattaque d’une institution de santé à Lausanne Vidymed en 2024 ou lors de la rupture de la conduite d’eau à Bussigny en mars.
Comment la DUPC est-elle intervenue lors des événements de Crans-Montana ?
Notre rôle, c’est la coordination et l’anticipation, pour que les acteurs du terrain puissent faire leur travail. Dès la nuit du drame, la personne de piquet s’est rendue dans les locaux des centrales d’urgence à la Blécherette. La cellule de crise s’est mise en place dans les heures qui ont suivi. Nous étions en appui de nos homologues valaisans — le lead leur appartenait, et c’était important de le respecter, d’autant qu’une enquête pénale était en cours.
Quelles ont été les grandes tâches de la cellule ?
On a travaillé sur deux fronts simultanément : le suivi — récolter les informations, répondre aux besoins immédiats — et la planification, en anticipant les phases suivantes.
Dans un tel événement, l’enchaînement des actions, des prises de décisions, la communication – est essentiel. Tout doit se faire de façon plus rapide qu’au quotidien, avec de l’incertitude, liée notamment à la difficulté à obtenir une vue d’ensemble de ce qui se passe. Cette première phase souvent appelée de « chaos » est une étape caractéristique de toute catastrophe, et l’objectif de la gestion de crise est qu’elle dure le moins longtemps possible.
Concrètement :
- Appui aux hôpitaux vaudois, par exemple pour organiser l’acheminement de médicaments depuis d’autres lieux
- Organisation du soutien psychologique pour les familles touchées, la population et pour chaque intervenant préhospitalier vaudois
- Coordination avec le Département de la formation, la police cantonale et le service de la sécurité civile et militaire pour la préparation de la rentrée scolaire.
- Anticipation du volet social avec la Direction générale de la cohésion sociale
- Contribution aux communications publiques
Comment gère-t-on la dimension émotionnelle d’une telle crise ?
C’est l’un des défis : garder la tête froide. Les enjeux émotionnels peuvent être très forts — comme dans ce drame. La méthodologie et la structuration du travail aident à maintenir une organisation claire et de l’efficacité.
Dans ces situations, qu’apporte spécifiquement une direction comme la DUPC ?
C’est la capacité d’être prêt à tout moment — de nuit, le week-end, les jours fériés. On apporte la méthodologie et les outils pour organiser rapidement une réponse cohérente au niveau sanitaire. Et on permet aux activités quotidiennes de la Direction générale de la santé de continuer à fonctionner en parallèle. Une crise ne suspend pas les autres besoins. Notre rôle, c’est de faire en sorte que le système tienne et que l’aide arrive aux bonnes personnes au bon moment.




