Le constat est posé depuis longtemps, mais il n'avait pas encore trouvé de réponse : notre filet social laisse passer des gens à travers les mailles. Dix régions d'action sociale, des périmètres qui ne correspondent plus aux réalités du terrain, des travailleurs sociaux et des soignants qui interviennent côte à côte sans toujours se connaître. Le résultat ? Des ruptures dans les parcours, des situations complexes qui se perdent entre les cases.
En cause, une organisation héritée d'un autre temps. Les découpages territoriaux de l'action sociale ne coïncident pas avec ceux de l'aide et des soins à domicile. Deux mondes qui s'ignorent, alors qu'ils accompagnent souvent les mêmes personnes : une personne âgée fragilisée, un jeune en difficulté psycho-sociale, une famille précarisée par la maladie. À cela s'ajoute une réalité démographique implacable : le vieillissement de la population alourdit les files d'attente, tandis que les risques de pénurie de personnel pèsent aussi sur le secteur social.
Face à ce constat, le Conseil d'État propose une réponse structurelle : transformer les dix Régions d’action sociale en sept Établissements régionaux d’action sociale, alignés sur les territoires de l'aide et des soins à domicile. Une carte redessinée pour que les intervenants se connaissent, coordonnent leurs actions, et accompagnent les mêmes publics sans se passer le relais à l'aveugle.
Mais la géographie ne suffit pas. Ce qui se joue ici, c'est une philosophie : celle de la continuité. Un suivi sans rupture, une détection précoce des fragilités, une réponse graduée avant que les situations ne basculent. Les 900 collaboratrices et collaborateurs concernés ne perdront ni poste, ni salaire — la réforme mise sur les synergies, pas sur les économies de bout de chandelle.
Au fond, redessiner la carte sociale, c'est d'abord reconnaître que les besoins humains, eux, ne s'arrêtent pas aux frontières administratives.





