Les aides financières divisent le taux de pauvreté par trois

Nathalie Blanchet, responsable du rapport social à la direction générale de la cohésion sociale explique comment la situation des Vaudoises et des Vaudois a évolué entre 2012 et 2022, et quels défis restent à relever.

Nathalie Blanchet, quel est l’objectif de ce rapport social ?

Le but est de faire un état des lieux de la situation sociale de la population dans le canton et de voir comment elle évolue selon les différents groupes qui la composent. L’objectif final étant d’analyser la politique sociale qui est déployée par le Canton et comprendre quel effet est produit sur le niveau de vie de la population. C’est le troisième rapport délivré par le Département de la santé et de l’action sociale. Le premier a été publié en 2011 et le deuxième en 2017. Nous avons choisi de couvrir 11 ans car nous souhaitions analyser les données statistiques sur une période la plus longue possible. En effet, les variations au sein d’une population se manifestent souvent dans un temps long. Or, l’objectif de notre travail est de mettre en évidence des tendances de fond : un dispositif de politique sociale doit être pensé sur le long terme.

Quelles sont les principales conclusions ?

Nos analyses montrent que, lorsque l’on considère la population dans son entier, le niveau de vie s’est amélioré. Le niveau de vie médian de la population a progressé de 4,5% entre 2012 et 2022. On constate aussi que la part de la population qui vit sous le seuil de pauvreté (minimum vital) a aussi diminué. Il est passé de 5% à 3,9% entre 2012 et 2022.

Ce qui est également très intéressant, c’est que nous avons pu démontrer qu’en 2022, le taux de pauvreté absolue (personnes qui vivent en dessous du minimum vital) serait environ 3 fois plus élevé sans le versement des aides financières qui sont allouées en fonction de la situation financière de la personne. Je pense aux prestations complémentaires familles (PC familles), AVS et AI ainsi qu’aux subsides LAMal, le revenu d’insertion, les bourses d’étude et les avances sur pension alimentaire. Sans ces aides, le taux de pauvreté absolue se serait élevé à 11,1% en 2012 et à 11, 8% en 2022. Ces prestations ont donc permis de diviser le taux de pauvreté par trois.

On voit donc que l’efficacité de la politique sociale s’est améliorée et qu’elle a des effets positifs indéniables. On constate aussi qu’entre 2012 et 2022, 10% de la population a été pauvre au moins une fois. Mais dans 58% des cas, cette situation n’a pas duré plus de deux ans. C’est plutôt rassurant, car cela signifie que les aides permettent de sortir de la pauvreté absolue.

Le rapport esquisse-t-il des pistes d’amélioration ?

La politique sociale est d’autant plus efficace qu’elle permet de prévenir les situations de précarité. La grande nouveauté de ce rapport, c’est que nous avons pu calculer, en collaboration avec Statistique Vaud, les taux de non-recours aux prestations sociales. En fonction du type d’aide financière, ce taux va de 22% (PC familles) à 30% (revenu d’insertion (RI)). Ce sont des taux significatifs. Pour mieux comprendre ces raisons, le DSAS a d’ailleurs mandaté l’Observatoire des précarités de la HETSL pour mener une étude auprès des personnes bénéficiaires du RI et auprès de professionnel-le-s du secteur. Cette étude montre que de multiples facteurs jouent un rôle : la méconnaissance du revenu d’insertion et des critères qui y donnent droit, la peur d’être stigmatisé, ou encore la complexité des démarches administratives.

L’enseignement que l’on peut en tirer, c’est qu’il est important de renforcer encore la lutte contre le non-recours aux prestations. Car il faut savoir que plus les personnes tardent à solliciter une aide, plus leur situation risque de se péjorer. Il devient alors de plus en plus difficile de les aider. Finalement, cela coûte plus cher à la collectivité, contrairement aux idées reçues. Avec les prestations sociales, notre système a un gros potentiel pour lutter contre la pauvreté et de renforcer la confiance en l’Etat.

Rapport social vaudois 2026

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